Discours de Jean-Marc Ayrault lors des journées du réseau consulaire

Les 20 et 21 juin derniers ont eu lieu les journées du réseau consulaire. A cette occasion, Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international a adressé un discours aux consuls généraux et aux consuls français présents à Paris ,qui évoluent dans plus de 200 implantations à travers le monde. Retrouvez ci-dessous cette allocution.

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Les consuls généraux et consuls français lors des journées du réseau consulaire

Monsieur l’Inspecteur général

Madame la Directrice générale de l’administration,

Mesdames et Messieurs les Directeurs,

Mesdames et Messieurs les Consuls généraux et Consuls,

Mesdames et Messieurs,

C’est très impressionnant de voir cette assemblée ce matin et je tenais à m’adresser à vous. Je sais que c’est un format particulier et exceptionnel : il s’agit de la deuxième édition des journées du réseau consulaire. Je crois que c’est important que vous puissiez vous retrouver régulièrement pour faire le point sur vos missions, qui sont de belles missions, et en même temps parler de vos expériences.

Nous avons un magnifique réseau et nous pouvons en être fiers. Avec plus de 200 implantations, notre réseau consulaire est l’un des tout premiers au monde. Vous en êtes conscients, votre rôle est déterminant pour porter assistance aux millions de Français qui vivent à l’étranger ou qui y voyagent. Pour eux, vous êtes une mairie, une préfecture, vous êtes le service public français. Que ce soit à Londres, Niamey, Ankara, Saint-Domingue, Montréal ou à Shanghai, vous offrez une assistance aux Français à l’étranger, notamment dans les situations de crise ou en cas de difficultés ou de problèmes personnels. Peu d’autres pays offrent un tel niveau de service à leurs ressortissants à l’étranger.

C’est un défi d’autant plus important que nos communautés à l’étranger ne cessent de croître : elles ont doublé en 20 ans, pour atteindre aujourd’hui 2,5 millions de Français, dont 1,5 million inscrits dans nos consulats.

C’est une chance pour la France. C’est même une obligation dans le monde du 21ème siècle : nous avons besoin de cette ouverture au monde qu’offre la mobilité internationale. La France a tout à gagner du dynamisme de nos communautés à l’étranger, de leur créativité, mais aussi de l’expérience acquise par ceux qui rentrent ensuite en France. Je le constate à chacun de mes déplacements, encore récemment en Birmanie où des Français sont présents, certes ils étaient peu nombreux pendant la période de la dictature, mais ils sont là ou ils viennent d’arriver. Cette présence française, je la rencontre partout, d’où l’importance de ces rencontres organisées à chacun de mes déplacements avec la communauté française et avec leurs représentants pour, au-delà des discours officiels, échanger, comprendre, évoquer pas seulement les problèmes mais aussi les ambitions, les souhaits et les initiatives.

Votre activité consulaire est essentielle, elle est diverse et multiple et elle doit en permanence s’adapter.

Dans un contexte marqué, donc, à la fois par une forte augmentation du nombre de Français à l’étranger et par des efforts importants sur le budget de l’État, maintenir la qualité du service public offert à nos compatriotes sur les cinq continents implique des réformes.

Notre réseau consulaire doit évoluer, se moderniser, tirer le meilleur parti des nouvelles technologies. Cela implique de surmonter certaines réticences, certains conservatismes. Mais j’ai la conviction qu’il est possible de construire un service consulaire qui soit un modèle d’e-administration, permettant la dématérialisation de nombreuses démarches, facilitant votre travail mais aussi au profit des bénéficiaires.

C’est déjà le cas pour l’inscription au registre des Français de l’étranger et ce sera bientôt le cas pour l’envoi postal sécurisé du passeport et le paiement en ligne des droits de chancellerie.

Je pense aussi à l’organisation des échéances électorales de l’année prochaine, qui représentent un défi considérable, en France comme à l’étranger. C’est un défi pour vous qui organisez ces élections.

Vous avez déjà commencé à préparer ces élections et établi le nombre et les lieux des futurs bureaux de vote. Vous avez également lancé la campagne de communication rappelant à nos compatriotes de s’inscrire sur les listes électorales consulaires.

Surtout, de nombreuses mesures pour simplifier leur vote sont engagées : fin de la double inscription sur les listes électorales consulaires et communales, conclusion d’un nouveau marché pour moderniser le vote électronique, réforme du régime des procurations établies à l’étranger. Toutes ces réformes sont indispensables, elles sont bien engagées et d’autres suivront.

Tout cela demande des efforts qui seront récompensés car ce que vous faites est essentiel pour que les Français qui vivent hors de France se sentent partout dans le monde comme des Français à part entière et que, ce qu’ils doivent faire comme citoyen, ils puissent le faire dans les meilleures conditions possibles.

Cette modernisation est indispensable à la pérennité du service public consulaire de qualité. Elle va permettre un gain de temps et d’efforts pour les usagers et elle est souvent citée en exemple dans le reste de la fonction publique. Je sais, par expérience, qu’il n’est pas facile d’engager des réformes. Plus on associe des agents à la préparation de ces réformes plus on a de chances de succès. Je pense que dans un consulat, où parfois, vous n’êtes pas si nombreux, quand le dialogue est bon avec l’ambassadeur, le consul général et le consul et en relation avec l’administration centrale, on peut trouver des solutions. En Birmanie, j’ai visité les locaux du consulat de Rangoun, et j’ai vu les difficultés et vu ce qui était envisagé pour y remédier avec des moyens modestes. Tout de suite il y avait le souci de mieux accueillir le public, de mieux sécuriser les agents - ce qui est très important - et avec des moyens limités la solution va être trouvée. Dans quelques mois, les conditions d’accueil mais aussi de travail pour les agents seront nettement améliorées. Chacun fait preuve de créativité et de participation et je voulais vous en remercier.

L’objectif de ces réformes c’est d’être davantage présent sur le terrain, et jouer encore mieux, même si c’est déjà le cas, votre rôle de protection et de proximité.

Car la première de vos missions, c’est d’aider les Français qui ont besoin d’assistance à l’étranger. Je pense à ces Français qui peuvent se retrouver dans une situation extrêmement délicate, voire dramatique, qui sont en détention à l’étranger et c’est une situation d’une extrême sensibilité. À chaque fois, la protection consulaire est accordée, à chaque fois que l’on nous interpelle et nous y répondons toujours.

À chaque fois, le ministère est confronté au même dilemme : comment apporter le soutien que nos compatriotes attendent de nous, tout en évitant de nous ingérer dans des procédures judiciaires auxquelles nous ne sommes pas partie ? Comment résister à la tentation humaine, bien compréhensible des familles, de nous entraîner dans un jugement sur la culpabilité ou l’innocence de leur proche, qui n’est pas de notre ressort ? Comment gérer les multiples pressions qui s’exercent et qui tendent à considérer que l’État n’en fait jamais assez, alors même que, dans bien des cas, des interventions politiques iraient à l’encontre des intérêts de ceux que nous voulons aider ?

Depuis que j’ai pris la tête de ce ministère, j’en ai fait personnellement l’expérience, avec plusieurs affaires qui ont pris, à chaque fois, une ampleur médiatique et politique immédiate. Et nous essayons de tenir une ligne constante qui est celle du respect, de la responsabilité, du rappel du droit mais aussi de l’approche humaine de ces questions.

Notre devoir est d’assurer, quoi qu’il arrive, la protection consulaire de nos ressortissants à l’étranger, telle qu’elle est définie et garantie par les conventions internationales signées par la France.

Il est également essentiel de rappeler à nos concitoyens, mais aussi aux médias, aux parlementaires et aux administrations ce que la France peut faire et ce qu’elle ne peut pas faire, de rappeler que le droit local, même s’il n’offre pas les mêmes garanties que le nôtre, ne peut pas être contourné.

Là où nous pouvons faire la différence, c’est dans le dialogue constant avec nos compatriotes en difficulté et leurs familles. N’hésitez pas à ouvrir nos portes, à écouter, à expliquer la marge étroite qu’est la nôtre, à faire preuve de sensibilité, de compassion et d’écoute. Je sais que vous le faites et je vous encourage à le poursuivre. Je m’y emploie à mon niveau et je sais combien vous êtes, vous-mêmes, engagés dans cette dimension humaine de notre ministère. C’est une belle mission qui est difficile car garder son sang-froid et une position constante tout en étant à l’écoute, sensible et attentif aux personnes et en restant sur la ligne du droit ce n’est pas si simple à vivre. Parfois, cela peut être vécu de manière douloureuse et je comprends ce que vous pouvez vire et traverser dans ces circonstances délicates.

Mesdames et Messieurs,

Je l’ai évoqué en introduction, outre le service que vous apportez à nos concitoyens à l’étranger, vous contribuez directement au rayonnement de la France dans le monde. En quelques années, nous avons fait de la diplomatie économique, un pilier de l’action extérieure de la France. Tout le Quai d’Orsay et tous nos postes sont mobilisés et je témoigne devant vous que c’est le cas et pas seulement des intentions.

Dans ce cadre, la politique des visas constitue un puissant instrument d’attractivité pour la France. Tout d’abord, à l’égard des touristes. Si le nombre de visiteurs a augmenté à un rythme soutenu ces dernières années, c’est grâce notamment aux efforts que nous avons consentis dans de nombreux pays pour accélérer la délivrance de visas et faciliter les démarches des demandeurs.

Depuis le début de l’année, l’érosion qui a suivi les attaques meurtrières du 13 novembre s’estompe peu à peu à l’échelle du pays. Mais, à Paris un recul de la fréquentation doit être constaté.

Il nous faut donc reconquérir ces visiteurs et consolider notre place de première destination touristique au monde. Nos efforts doivent donc être poursuivis pour améliorer les délais de délivrance des visas. Je pense bien sûr à l’octroi de visas en 48 heures, et même 24 heures pour des groupes, dans plusieurs pays stratégiques, a un énorme impact. J’ai pu m’en rendre compte en Chine et au Japon, lors des rencontres avec des professionnels du tourisme ; c’est un signal de bienvenu qui est donné. La qualité du service aux quatre coins de la planète est essentielle pour l’attractivité de la France.

Autre public cible, les talents étrangers, qu’ils soient hommes d’affaires, investisseurs, chercheurs, étudiants, intellectuels ou artistes.

La France doit être pour eux une terre d’accueil et c’est l’image que nous avons partout dans le monde. Cela fait partie de notre identité et de notre force. Mais il faut que cette vision qu’ils ont de la France corresponde à la réalité. Ainsi des modifications qui sont intervenues comme le « passeport talents » permet aux investisseurs, hommes d’affaires ou chercheurs de résider dans notre pays, parfois plusieurs années, sans avoir à effectuer des démarches administratives complexes.

S’agissant des étudiants étrangers, la France en accueille aujourd’hui 300.000. Leur nombre en mobilité devrait doubler dans les années qui viennent, de 4 millions en 2012, à 8 millions en 2025.

Avec Campus France il y a un formidable travail qui est fait et il faut poursuivre ce chantier-là. Il est essentiel pour attirer une part importante de ces étudiants. Car, un jeune qui fait le choix de se former chez nous, apprend notre langue et découvre notre pays dans toutes ses facettes et pas seulement à Paris, c’est aussi un partenaire de la France pour l’avenir. Ainsi mieux accueillir, notamment les jeunes, c’est un investissement de confiance pour l’avenir.

Pour faciliter la venue de tous ces publics, beaucoup a été fait, mais nous devons aller plus loin encore, nous devons poursuivre les efforts qui nous permettront d’atteindre d’ici 2020 notre objectif de 5 millions de visas par an.

C’est un défi d’autant plus grand qu’il doit être combiné à tout instant avec les impératifs de sécurité et de fermeté à l’égard de l’immigration irrégulière qui sont le corollaire de cette politique d’attractivité. Il s’agit d’être clair dans le respect d’une règle mai aussi ouvert dans leur mise en oeuvre et cela est tout à fait possible.

Mais au-delà des visas, l’action consulaire constitue un vecteur précieux d’influence. Ainsi, pour la majorité d’entre vous, vous êtes présents hors des capitales, dans des métropoles qui jouent un rôle croissant sur la scène internationale. Vous y tissez des liens précieux avec les entreprises, les instituts de recherche, les universités. Vous contribuez directement au rayonnement politique, culturel et économique de la France.

Sans notre réseau consulaire, notre présence en Chine, aux États Unis et dans un grand nombre de pays ne serait pas adaptée aux enjeux du 21ème siècle. Vous êtes les relais essentiels de l’action de nos ambassades sur le terrain. Votre rôle est donc éminent.

Pour assurer toutes ces missions, vous êtes en première ligne, que ce soit auprès de nos concitoyens - j’ai beaucoup insisté sur ce point - ou au contact direct du public et des acteurs d’influence. Vous en rencontrez beaucoup, vous en invitez beaucoup et vous participez à de nombreux évènements, et donc je suis conscient ce que cela peut peser sur vos épaules en charge de travail notamment. Partout, j’ai pu constater combien vous avez le sens du service public, le sens de l’État, et c’est l’occasion pour moi de rendre à nouveau hommage aux personnels du ministère des affaires étrangères dont la mission n’est pas toujours autant connue que nous le souhaiterions ou elle l’est superficiellement au travers de quelques clichés - qui ont la vie dure et c‘est dommage. C’est la raison pour laquelle je suis attentif aussi aux problèmes que vous rencontrez notamment dans le cadre de la procédure budgétaire en cours.

Je suis particulièrement vigilant sur le thème de la sécurité qui concerne, en premier lieu, notre zone consulaire. Je ferai tout pour obtenir que cette attente légitime des personnels placés sous notre autorité soit satisfaite.

Grâce à vous, nos concitoyens disposent de services de grande qualité et maintiennent un lien avec la France. Quand on est très loin on a besoin de ce lien qui n’est pas qu’administratif mais aussi humain et affectif. Grâce à vous, notre pays attire chaque jour davantage de visiteurs, d’investisseurs, d’entreprises et d’étudiants. C’est la France telle que nous l’aimons et je le dit souvent dans mes échanges avec nos compatriotes lors des réceptions des Français de l’étranger, plus on est loin plus on va à l’essentiel. Plus on voit aussi ce que notre pays a comme atouts, comme capacités, comme talents, comme valeurs à défendre et ainsi on a envie d’aimer plus la France.

Merci, Mesdames et Messieurs de continuer ce beau travail et de continuer à faire aimer la France.

Merci.

publié le 28/06/2016

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